Micaela Ramon ILCH - Universidade do Minho, Braga, Portugal micaelar@ilch.uminho.pt
Pour une classification généalogique des formes narratives de fiction de la période baroque Fortunes et infortunes de la nouvelle /
A Genealogical Classification of Baroque Fiction Prose
Abstract: Where, in the novel taxonomy, could the 17th century and 18th century Portuguese novel be placed? It seems that a lack of traditional arguments, due to recent development of the genre, and a need to certify its moral utility in the purpose of creating its literary status had erased, back then, the borders between novel and other similar genres. In its genealogy, the Portuguese novel had created autonomous definitions for encapsulating certain functions of the texts that would not fit a modern definition of the novel, but reflect temporary characteristics. Keywords: Portuguese Literature; Narrative; Novel Genre; "Novela"; "Romance". Rezumat: Unde anume, în taxonomia romanului, poate fi plasat romanul portughez al secolelor al XVII-lea ºi al XVIII-lea? Se pare cã lipsa unor argumente tradiþionale, ca urmare a recentei dezvoltãri a genului, ºi nevoia de justificare a utilitãþii morale în scopul creãrii propriului statut literar a ºters, în acele vremuri, graniþele dintre roman ºi alte genuri similare. În genealogia sa, romanul portughez crease deja definiþii autonome pentru încadrarea anumitor funcþii ale textelor care nu se potrivesc definiþiei moderne a romanului, ci reflectã caracteristicile sale temporare. Cuvinte cheie: literatura portughezã; naraþiune; genul romanului; "novela"; idila.
1. La prose narrative de fiction des auteurs portugais des XVIIe et XVIIIe siecles pose un ensemble de problemes parmi lesquels celui de la classification généalogique des textes alors produits. Une telle classification assume toutefois une importance considérable dans la mesure ou l'insertion d'une ouvre donnée dans une catégorie historique particuliere se révele une contribution fondamentale et cela que ce soit pour la détermination de son identité ou pour la compréhension de son positionnement dans le cadre de la sphere littéraire a laquelle elle appartient, lui conférant donc un statut propre. Dans le cadre des réflexions que maintenant nous partageons, il nous intéresse seulement de considérer les genres littéraires en tant que A la base de cette absence de consensus, se trouverait d'une part l'origine commune de toutes ces formes de narrations, différentiées de nos jours, et de l'autre, les nuances de sens que les termes ont présenté diachroniquement dans les différentes langues occidentales. De fait, les différents types de narration en prose actuellement considérés reposent sur une meme matrice, c'est-a-dire qu'ils dérivent tous des premieres narrations médiévales écrites en
"Au Moyen Age, le vocable romance (espagnol romance, français romanz, italien romanzo) a d'abord désigné la langue vulgaire, la langue romane qui, bien qu'étant le résultat d'une transformation du latin, se présentait déja bien différente de cette langue. Ensuite, le mot romance a gagné une signification littéraire, désignant des compositions déterminées rédigées en langue vulgaire et non en langue latine (.) Malgré ses fluctuations sémantiques, le vocable romance a surtout commencé a désigner des compositions littéraires de type narratif. De telles compositions étaient au départ en vers (.), propres pour etre récitées et lues, et présentaient tres souvent une intrigue fabuleuse et compliquée (AGUIAR E SILVA, 1986: 672). C'est nous qui traduisons.
Au conditionnement formel désigné par le théoricien cité pourra certainement etre attribuée l'évolution lexicale vérifiée en espagnol, langue dans laquelle, comme en anglais, le substantif Néanmoins, ces considérations de nature lexicale sont peu utiles pour clarifier les cadres sémantiques spécifiques des termes en question. C'est pour cette raison que, compte tenu de ce présupposé, il ne faut pas survaloriser, pour la période baroque, une distinction fondée sur une structuration généalogique rigide, d'autant plus que les exemples d'hybridisme et d'interpénétration entre genres et sous-genres distincts sont fréquents. Ce que l'on peut affirmer avec assurance est qu'en ce qui concerne la littérature produite aux XVIIe et XVIIIe siecles, il est impossible d'associer le terme C'est peut-etre pour ce motif que des études contemporaines en langue portugaise, dédiées a la prose narrative de fiction baroque, préferent la désignation Si l'on tient compte de la distinction opérée par Frye entre En parallele, plusieurs auteurs sont d'avis que l'apparition de la Dans le cas particulier de la nouvelle allégorique des XVIIe et XVIIIe siecles, la conformité avec le didactisme héritier de la tradition latine est intimement liée a la fonctionnalité pragmatique inhérente au sous-genre. En vérité, ces narratives étant considérées comme des instruments de démonstration d'idées et de moyens d'exemplification de doctrines avec une fonction persuasive assumée, elles semblent s'encadrer dans le concept d' De fait, il faut souligner que le métalangage alors utilisé semble réserver la désignation de En ce qui concerne la prose narrative, les termes les plus habituels sont La référence a
2. L'appréciation critique produite par D. Francisco Manuel de Melo fait ressortir l'évidence que la conscience que des auteurs, des éditeurs, des imprimeurs et des lecteurs des XVIIe et XVIIIe siecles semblent avoir eu a propos du genre dans lequel s'encadraient les ouvres qu'ils écrivaient, éditaient ou lisaient, ne coincide tres souvent pas avec les prémisses classificatoires auxquelles nous avons a faire actuellement. A cela s'ajoute que le lexique alors utilisé dans les titres et dans d'autres paratextes pour désigner la catégorie généalogique dans laquelle un texte déterminé s'encadrerait, varie considérablement (parfois dans une meme ouvre), laissant claire l'absence de criteres d'uniformité ou de cohésion qui puissent etre appliqués a la question. Or, la disparité signalée entre la nomenclature littéraire disponible pendant la période baroque et celle utilisée actuellement, tres souvent en nette collision avec l'esprit et la lettre de l'époque, se manifeste d'une maniere particulierement contendante par rapport a ces oeuvres que nous classifierions actuellement comme étant des Le jugement dépréciatif qui retombait sur ce genre littéraire peut certainement trouver ses racines dans la propre difficulté que les poetes antérieurs au Romantisme démontraient a accepter un type de texte dont aucun poete gréco-latin auteur de traités ne s'était préoccupé. Le fait qu'aucun auteur de référence, de Platon a Quintilien, n'ait mentionné le genre semble pouvoir etre désigné comme un argument de poids qui justifie les appréciations peu favorables qui ont été enregistrées sur les Contre ceux-ci pesaient aussi bien des motifs de nature strictement littéraire que des raisons éthico-morales. S'il est certain que du point de vue technico-formel, la dignité littéraire était niée a la Les signes de cette préoccupation morale se manifestent également dans les arguments de tous ceux qui ont compris la légitimité de la création de L'ouvre de P.-D. Huet constitue, ainsi que l'affirme Laurence Plazenet-Hau, une tentative
Ainsi, et en consonance avec la théorisation de P.-D. Huet, s'il est certain que tout Tout comme l'Archeveque d'Avranches la pose, la question de la légitimation de la fiction en prose (désignons-la par
3. Dans le contexte portugais, la polémique assume des contours identiques. En effet, la regle est que les auteurs, meme lorsqu'ils choisissaient un registre discursif tributaire du récit de fiction, évitent des désignations qui d'une certaine maniere puissent favoriser une association de leurs ouvres au champ des dangers spirituels, préférant laisser explicites des objectifs a teneur moralisante, que l'étiquette <novela> menaçait potentiellement. En simultané, surgissent également fréquemment dans les pieces paratextuelles qui integrent de nombreuses ouvres écrites entre les XVIIe et XVIIIe siecles, des commentaires dans lesquels il est possible de retrouver des convictions identiques a celles exposées par P.-D. Huet dans son traité. Dans le prologue de Alívio de Tristes, Consolaçao de Queixosos, du Pere Mateus Ribeiro, on peut lire des appréciations, probablement écrites par l'imprimeur, qui prétendent procéder a une exaltation de l'ouvre, en cherchant a l'épargner des jugements des censeurs présumés d'austeres qui condamnent (RIBEIRO, 1734: s/n). Pour cela, l'auteur de la Lettre-traité, dont la position est invoquée en défense de l'ouvre portugaise, est précisément rappelé [6] . Par conséquent, lorsqu'elle est utilisée, la désignation Or, les nouvelles allégoriques écrites en portugais aux XVIIe et XVIIIe siecles constituent des exemples particulierement importants de textes pouvant s'encadrer dans un concept de littérature didactico-récréative de spiritualité qui, comme tel, affectent tous leurs ressources thématiques et formelles a la transmission d'un message de nature éthico-religieuse dont l'objectif est d'obtenir des effets pragmatiques concrets et tres précis aupres de ses destinataires. Cinq oeuvres, publiées en édition <princeps> entre la fin du XVIIe siecle et la premiere moitié du siecle suivant, représentent par excellence ce sous-genre narratif de fiction. Il s'agit plus concretement de História do Predestinado Peregrino e de seu irmao Precito em a qual debaixo de uma mysteriosa parabola se descreve o sucesso feliz do que se hade salvar e a infeliz sorte do que se hade condemnar (1682), d'Alexandre de Gusmao; Compendio Narrativo do Peregrina da América, em que se tratao varios discursos espirituais, e moraes com muitas advertencias, e documentos contra os abusos, que se achao introduzidos pela malicia diabolica no Estado do Brasil (1728), de Nuno Marques Pereira; A Preciosa: allegoria moral (1731) et Enganos do Bosque, Desenganos do Rio (1741), toutes deux de Sóror Maria do Céu; et Reino da Babilónia, ganhado pelas Armas do Empyreo; Discurso Moral (1749), de Sóror Madalena da Glória. Comme il est possible de le constater a partir de la simple énumération de ces longs titres, dans aucun d'entre eux il n'y a de référence a la catégorie Ainsi, la charge imagée potentiellement critiquable de la narrative est d'avance annulée par son attachement que ce soit a l' Nuno Marques Pereira, a son tour, est encore plus osé dans la tentative de détacher son ouvre d'un genre qui puisse etre accusé d'éloigner les lecteurs du parcours de la perfection. Le titre long qu'il met avant la narrative qu'il a écrite fournit tout de suite non seulement des indications a propos du genre dans lequel l'auteur souhaite l'encadrer, mais également quelques pistes sur les caractéristiques spécifiques de sa structure générale. Dans Diccionario da Lingua Portugueza, du Pere Rafael Bluteau, le terme C'est, d'ailleurs, la position que l'auteur défend clairement dans la préface qu'il a écrit pour le premier tome de son Compendio Narrativo do Peregrino da América. Dans ce texte préliminaire, Marques Pereira aborde explicitement la question des finalités que toute bonne littérature doit poursuivre, en la mettant sous une perspective morale. Ainsi, l'auteur reprend l'argumentation connue contre les Les fictions narratives d'auteurs féminins adoptent également des titres qui ne permettent pas de les connoter immédiatement avec l'idée de
4. De tout ce qui vient d'etre dit, certaines conclusions peuvent etre tirées par rapport a la problématique de la classification généalogique des formes narratives de fiction de la période baroque. En premier lieu, au manque de théorie littéraire explicite, il s'impose de reconnaître l'importance de procéder a une analyse des textes alors produits, et en particulier des pieces paratextuelles qui y sont incluses, afin, par leur intermédiaire, de prendre contact avec la Une seconde évidence a rehausser est liée a la constatation qu'une indéfinition terminologique se montre comme le trait le plus marquant par rapport a la question abordée. Dans la littérature portugaise, des ouvres qui se rapprochent de la notion moderne de Ainsi, le chercheur actuel, lorsqu'il utilise la désignation de <novela> pour classifier les narratives fictionnelles en prose des XVIIe et XVIIIe siecles, opte pour un terme qui, en courant le risque de contrarier l'esprit et la lettre du temps, lui permet de cataloguer un type de textes qui restent , non identifiable précisément (bien qu'également entre de nombreuses perplexités) avec certaines des notions extremes> (FINAZZI-AGRO, 1978: 14. C'est nous qui traduisons).
Bibliographie:
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- D. Francisco Manuel de MELO, Carta de Guia de Casados (ediçao, introduçao e notas de Maria de Lurdes Correia Fernandes), Porto: Campo das Letras, 2003. - Ettore FINAZZI-AGRO, A novelística portuguesa do século XVI, Lisboa: Instituto de Cultura Portuguesa, 1978. - Fabienne GÉGOU, Lettre-traité de Pierre-Daniel Huet sur l'origine des romans. Édition du tricentenaire 1669-1969, Paris: Éditions A.-G. Nizet, 1971. - Francisco Rodrigues LOBO, Corte na Aldeia (introduçao, notas e fixaçao do texto de José Adriano de Carvalho), Lisboa: Presença, 1991. - Joao Gaspar SIMOES, História do Romance Portugues, Lisboa: Estúdios Cor, 1967, 2 volumes. - Laurence PLAZENET-HAU, - Luís de CAMOES, Os Lusíadas (leitura, prefácio e notas de Álvaro Júlio da Costa Pimpao. Apresentaçao de Aníbal Pinto de Castro), Lisboa: Ministério dos Negócios Estrangeiros/Instituto Camoes, 2000. - Northrop FRYE, Anatomy of Criticism, Princeton/New Jersey: Princeton University Press, 1973. - P. Matheus RIBEIRO, Alivio de Tristes, e Consolaçao de Queixosos, Tomo I (I, II e III partes), Lisboa Occidental: na Officina Ferreiriana, 1734. - Rafael BLUTEAU, Diccionario da Lingua Portugueza (reformado, e accrescentado por Antonio de Moraes Silva), Lisboa: Officina de Simao Thaddeo Ferreira, 1789, ), Tomos I e II. - Teodoro de ALMEIDA, O Feliz Independente (ediçao de Zulmira C. Santos), Porto: Campo das Letras, 2001. - Vítor Manuel de AGUIAR E SILVA, Teoria da Literatura, Coimbra: Almedina, 1986.
Notes
[1]
Dans Os Lusíadas, il est possible d'attester l'occurrence du lexeme
[2]
Rapportant un épisode qu'il a vécu lors d'un voyage en Espagne qui l'a conduit a chercher a dormir dans un logement ou les hôtelieres se dédiaient a la lecture a haute voix de nouvelles, le narrateur raconte:
[3]
Une telle appréciation semble, en effet, provenir d'une interprétation fidele de la pensée exposée par l'auteur de la Lettre-traité. Dans celle-ci, la préoccupation de Huet afin de légitimer le statut des auteurs de ce genre narratif en prose est visible, en invoquant pour cela sa conformité avec les idées exposées par les grands auteurs de traité de l'antiquité greco-latine :
[4]
Pierre-Daniel Huet explique ensuite chacun des termes de la définition :
[5]
Dans un chapitre de son traité, intitulé
[6]
L'auteur du prologue écrit:
[7]
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