Philippe Gardette Trinity College, Cambridge gphlep@yahoo.com
Syncrétisme balkanique : pour une approche imagologique et comparatiste À la mémoire de Mme Mélikoff Balkan Syncretism: an imagological and comparative approach
Abstract: The Balkan region is often associated with war and violence. A consideration of the Balkans, however should not overlook the fact that the Balkans are a crossing where many peoples passed, a process which resulted in the formation of a unique culture in Europe. This short study seeks to emulate the Jewish Byzantine culture in the Balkans and provide an insight into the interdependence of different religions of the Book. Indeed, Jewish intellectuals and mystics, Christians, Muslims and “heretics” have been influenced by the themes of the Other, even though for refutability reasons. Beyond that, one discovers that this Jewish culture of the Balkans was the main witness of the different civilisations in the area, preserving the trace. Further on, the study of Balkan Judaism imposes the revision of the circumstances which influenced it. One discovers a more tolerant world, a world where peoples from different cultures, religions going from pure orthodoxies to the most unbridled syncretism meet, sometimes peaceful, and enrich one another. Keywords: History of the Balkan area; Jews of the Balkans; Interreligious Encounters; Syncretism; Imagology. Rezumat: Regiunea balcanică este deseori asociată cu război și violență. O luare in considerare a balcanicilor, cu siguranță nu ar omite faptul că Balcanii reprezintă un zonă de traversare pentru multe popoare și, deci un proces care dă naștere unei culturi unice in Europa. Acest scurt studiu dorește să aprecieze cultură bizantină evreiască din Balcani și să ofere o aprofundare a relației de interdependență intre diferite religii din Carte. Intr-adevăr intelectualii evrei și mistici, creștinii, musulmanii și „ereticii” sunt influențați de temele Celuilalt, chiar dacă aceste influențe pot fi combătute. Pe lângă acestea, putem descoperi faptul că cultura evreiască din Balcani se dovedește a fi singura mărturie a diferitelor popoare care au străbătut teritoriul. Mai departe, studiul iudaismului balcanic impune revizuirea circumstanțelor care l-au influențat. Astfel, descoperim o lume mult mai tolerantă, o lume in care popoare din diferite culturi și religii se intâlnesc. Din pur ortodoxism către un sincretism deplin, uneori in mod pașnic, aceștia se imbogățesc spiritual. Cuvinte-cheie: istoria zonei Balcanilor; evreii din Balcani; întâlniri intre religii; sincretism; imagologie.
Depuis la préhistoire, la zone des Balkans est le lieu de passage de nombreux clans ou peuples venus, bon gré mal gré, soit d’Asie centrale par le Caucase, soit de la péninsule anatolienne. Mais au delà des hommes, produits, techniques et idées transitaient – et transitent encore – par cette région. C’est pourquoi les Balkans apparaissent comme une sédimentation culturelle, véritable mille feuilles de différentes traditions ancrées dans la diversité et qui trouve, malgré tout, une homogénéité surprenante pour un européen, dont l’art de vivre est tout aussi déroutante pour le voyageur. L’image des Balkans est tributaire de cet état de fait. Lieux de conflits aussi bien qu’exemple de cohabitation entre cultures, il est difficile d’appréhender cette aire géographique pour un non initié. Nous pensons que l’une des principales raisons demeure que les Balkans apparaissent comme une double zone frontière : - pour les Européens de l’Ouest, cette zone sert de tampon entre la partie catholique et la partie orthodoxe de l’Europe ; - pour les Grecs, les Balkans sont, depuis l’Empire, les héritiers d’une culture byzantine mal reçue par des barbares toujours considérés comme mal dégrossis. Du point de vue du byzantinologue, les peuples des Balkans peuvent être assimilés à ceux des frontières plus orientales de l’Anatolie. Nous verrons en quoi cette hypothèse est pertinente par la suite. Parallèlement, il existe depuis le Moyen Age une frontière naturelle entre le monde oriental et occidental : le Danube. Pour illustrer notre propos, je rappellerai une anecdote qui semble particulièrement intéressante. À la fin du XIVe siècle, une croisade s’organisa contre les Turcs. Elle fut défaite à Nicopolis et annonçait celle de 1444 qui se conclut par la déroute de Varna. Un article que nous avons publié[1] sur le thème de l’image du peuple des Balkans dans les chroniques françaises étudiait cette arrière croisade et soulignait toute l’ambiguïté des peuples de la région post-danubienne : ils étaient sous domination turque, parfois musulmans mais aussi orthodoxes (donc schismatiques) et ils pouvaient représenter une cinquième colonne en faveur des Ottomans. En résumé, loin de voir en eux des alliés, la coalition des croisés les traita en ennemis. Ainsi, le chef de l’expédition Jean sans Peur fut fait chevalier avant de rentrer en pays hérétique : avant de traverser le Danube ![2] Ce qui se dégage aussi de cette étude est le caractère particulièrement syncrétiste des peuples balkaniques. Cet aspect nous intéressera au premier plan car il peut correspondre à une réalité par le caractère même de carrefour de ces territoires. Pour ce qui est des relations entre Byzance et ses voisins des Balkans, orthodoxes ou à forte minorité catholique, elles sont marquées par le sceau de la méfiance. Pour faire court sur un sujet vaste et déjà synthétisé dans l’excellent ouvrage d’Alain Ducellier, Byzance et le monde orthodoxe[3], nous insisterons sur une période clé qui marquera ces relations : le XIVe siècle. C’est en effet à cette époque que se joue le sort de Byzance. À cette époque, le royaume de Serbie, mais également celui de Bulgarie dans une moindre mesure, représentaient un danger pour l’intégrité de l’Empire. Ce qui frappe le lecteur des sources et des études, c’est l’impression que les Serbes sont considérés comme barbares, à l’image d’un Milutin qui, même s’il calque les structures et lois byzantines à son royaume, demeure objet de mépris. Ainsi, lorsque Cantacuzène décide d’offrir sa fille Simone à Milutin, le patriarche et l’opinion publique, de même que la noblesse, grince des dents et le monarque a les pires difficultés à faire accepter son projet : le fait que le souverain serbe abuse de sa jeune épouse, âgée de 5 ans, au soir de ses noces n’allait pas améliorer cette image. En parallèle, Jean Cantacuzène allait proposer une autre de ses filles à Osman ce qui ne provoqua pas une si vive opposition ! Par la suite, la menace d’Etienne Douchan, qui faillit bien conquérir l’Empire, mais plus encore l’impossibilité de créer un front orthodoxe contre la menace turque et latine, jusqu’en 1370, allait porter un coup sévère à la confiance des Byzantins envers le monde orthodoxe des Balkans[4]. Si l’on regarde le tableau d’ensemble, c’est bien une impression de méfiance envers des petits frères orthodoxes, qu’ils soient Serbes ou Bulgares, qui se dégage. Des petits frères à la fois prêts à profiter des faiblesses de l’Empire pour se servir sur la bête mais, plus encore, une zone géographique aux valeurs encore sauvages et syncrétiques, ce dernier point étant également partagé par l’image des Balkans dans les sources occidentales. C’est donc ce caractère syncrétique qui va nous occuper, en relation directe avec le caractère de carrefour de cette région. Pour aborder ce thème très large et qui doit être considéré sur la longue durée, nous focaliserons essentiellement cette étude sur le judaïsme des Balkans, qu’il soit rabbanite ou caraïte[5], pour ensuite ouvrir sur quelques réflexions concernant le christianisme et l’islam. Il est cependant évident que cet article doit être considéré comme un prolégomène à une étude plus vaste que nous souhaitons voir se réaliser !
Si la culture juive byzantine est considérée comme secondaire par les historiens du judaïsme, le judaïsme des Balkans doit, par conséquent, appartenir à une troisième zone plus éloignée et donc peu reluisante. Le fait est, cependant, qu’il n’a pas été étudié systématiquement et que tout reste à faire. D’un point de vue codicologique, le professeur Beit Arie a créé une sous catégorie de manuscrits hébraïques de style byzantin regroupant un savoir faire original commun et touchant des zones géographiques très disparates allant de Crète, en passant par la Grèce actuelle, l’Anatolie, la Crimée et les Balkans[6]. Parallèlement, bien des manuscrits de juifs des Balkans restent à découvrir, répertorier et étudier ; de même que les études de stèles funéraires sont en état de friche. On peut ainsi dire que nous entrons dans un domaine encore vierge d’études systématiques ou une synthèse viendrait faire autorité pour la période qui nous occupe. Plusieurs remarques préliminaires sont à faire cependant concernant notre thème. Nous sommes particulièrement renseignés sur plusieurs savants juifs provenant de Kastoria, en particulier sur Tobias ben Eliezer, auteur du Midrach Leqah Tov[7] (écrit et revu entre 1097 et 1108) et qui devint – à Thessalonique – le rabbin le plus important de son temps. Cette œuvre nous intéressera essentiellement d’un point de vue de ses thèmes mystiques, Tobia ben Eliezer décrivant le Messie ben Joseph construisant le temple et offrant des sacrifices, des fonctions caractéristiques du prêtre[8], ce qui suggère que la mystique des Balkans et des Romaniotes est profondément marquée par un messianisme influencé par des thèmes antiques, voire pseudépigraphiques. En revanche, au XIVe siècle, Judah ibn Moskoni d’Ochrid critique avec violence la tradition intellectuelle des Balkans en reprochant à ses contemporains leur ignorance deux textes fondamentaux : le Ma‘ase bereshith et le Ma‘ase Merkabah[9]! Pour comprendre l’essor des communautés juives, rappelons que, au XIIIe siècle, le second empire bulgare favorisa le développement du commerce. Toutefois, l’histoire des juifs des Balkans allait connaître un tournant important à l’arrivée des réfugiés des communautés de Bavière et Hongrie en 1360 et 1376. En effet, des tensions entre les traditions romaniotes et ashkénazes allaient apparaître et se cristalliser lors du décret de Gershom de Mainz qui bannît la polygamie ! Finalement les juifs d’Europe centrale prirent un ascendant, ce qui eut pour effet que les juifs de Kastoria compilèrent leur livre de prière ; reflétant leurs pratiques synagogales et les spécificités de leurs vies de congrégation. Il ne reste qu’un exemplaire de ce texte, jamais publié. D’un point de vue intellectuel, le judaïsme des Balkans profitait de son rôle de passeur culturel pour enrichir sa tradition. Ainsi, les poèmes liturgiques font références à des auteurs séfarades et ashkénazes[10] ; poèmes qui, en retour, furent inclus aux traditions ashkénazes. Plus particulièrement, un auteur trouve grâce auprès des rabbins : Abraham ibn Ezra[11]. Le meilleur exemple de cet intérêt est certainement celui de Rabbi Avishai de Zagora qui rédigea un premier commentaire de l’œuvre du maître en 1170, soit cinq ans après la mort d’ibn Ezra ! C’est un autre savant du XIVe siècle qui nous renseigne sur cette tradition : Judah ibn Moskoni que nous avons préalablement rencontré et qui fut une figure intellectuelle majeure en son temps[12]. Voilà un court passage autobiographique :
Mon pays, Ochrid, une ville du royaume de Bulgarie, du duché de Serbie, un gouvernement de la religion du faible royaume des Grecs. Et j’arrivais à l’île de Egripon[13] où je fus le disciple du pieu et vrai sage, mon seigneur et enseignant … R. Shemarya qui est entouré de tout savoir et toute sagesse et les anges du paradis ne le surpassent pas.
Moskoni est un voyageur infatigable : il parcourt l’Empire byzantin puis, plus largement, l’Est de la Méditerranée afin de découvrir des manuscrits de commentateurs d’Ibn Ezra. Il est même suggéré qu’il partit étudier jusqu’en Espagne avant de se mettre sous la houlette de Shemarya ha Iqrity, célèbre intellectuel romaniote : venant de Crète, il traduisit, à la demande de Robert de Naples, plusieurs ouvrages de grec en latin à la fin du XIIIe siècle. Plus encore, il rencontra Abraham Aboulafia, le père de la kabbale extatique, et, selon toute vraisemblance, devint son disciple (ce qui explique son voyage en Sicile : il y suivit son maître). Au début du XIVe siècle, il revint s’installer à Négrepont. Il est probable qu’il eut des aspirations messianiques à la fin de sa vie : quoi qu’il en soit, son influence intellectuelle et spirituelle rayonnait dans le monde romaniote et dans les Balkans[14]. Un autre intérêt de la recherche d’ibn Moskoni est qu’il a laissé un court journal de ses investigations intellectuelles. C’est à ce propose que Judah mentionne son étude de plus de trente manuscrits durant son voyage[15]. Une telle enquête déboucha sur un surcommentaire d’Ibn Ezra sur lequel il travaillait encore en 1363 où il rapporte :
Le premier et le plus avancé [des commentateurs d’Ibn Ezra] que j’ai trouvé est Rabbi Moïse Nahman (que sa mémoire soit bénie!)… il explique beaucoup de choses dans son commentaire par l’amour caché[16]… En fait, le commentaire le plus ancien de ce temps, à ce que l’on m’a dit, est le commentaire que j’ai vu à la cité de Veroia, du grand sage dont le nom, selon ses écrits, était Rabbi Abishai de la cité de Zagora. De ce qu’il dit aussi bien dans ses livres que ses traités, il était presque un contemporain d’Abraham Ibn Ezra…[17]
Puis il décrit ses rencontres avec Rabbi Eliahu de Chios, petit fils du sage et médecin Rabbi Benjamin qui lui confie un manuscrit de Rabbi Kaleb Korsinos[18] de Constantinople qui n’a pas compris le sens profond des écrits d’Ibn Ezra. À Chypre, il lit un commentaire d’un sage de l’île, Rabbi David Pardeléon qui a compris seulement quelques secrets du maître. Puis il se rend à Laodicée[19] où il trouve un commentaire de Rabbi Elihau de Serres[20] qui insiste plus sur le travail astronomique du savant. Il a ensuite lu le texte de son professeur Shemarya et a trouvé l’inspiration chez Rabbi Obadiah l’Égyptien ainsi que chez Rabbi Isaiah de Trani[21]. Toutefois, il a l’impression que ces commentaires restent insuffisants, car ne s’intéressant qu’à une partie de l’œuvre d’Ibn Ezra, ce qui le pousse à écrire un texte révélant tous les secrets du maître. Comme nous pouvons le constater tout au long de notre texte, les rabbins de la zone des Balkans connaissaient parfaitement nombre d’œuvres d’autorités rabbiniques du monde juif, ce qui laisse entendre qu’une étude serrée de leurs surcommentaires et œuvres diverses permettrait d’en évaluer la qualité et leur influence en monde ashkénaze ou séfarade ! Parallèlement, il existe des œuvres traitant de mystique. Ce sujet est particulièrement complexe et nous ne pouvons nous étendre car il dépasserait rapidement les limites de cet article. Quelques remarques d’ordre général peuvent toutefois être réalisées. Comme nous l’avons fait remarqué avec le Midrach Leqah Tov, la mystique des Balkans est marquée par des thèmes du judaïsme antique, ce qui justifie la thèse de Ta shma affirmant que Byzance servit de passeur culturel d’éléments de ce judaïsme antique entre le Moyen Orient et le monde occidental[22] ! Plus particulièrement, cette mystique se base sur le thème de l’ascension spirituelle avec une description de plus en plus élaborée du trône divin et des étapes ascensionnelles, conjuguée à l’idée que les temps de l’arrivée du Messie est proche et à des conceptions tirées directement des écrits intertestamentaires juifs, en particulier angélologiques[23]. Remarquons également que le nom divin est source de réflexions mystiques, ce qui explique que l’œuvre d’Aboulafia était connue dans ces régions au XIVe siècle[24]. Une hypothèse intéressante concernant la transmission de ces textes antiques suit la piste caraïte. En effet, au VIIIe siècle, le patriarche nestorien Timothée de Bagdad rapporte :
Nous avons appris de juifs dignes de créance… que voici dix ans, des livres ont été trouvés aux environs de Jéricho dans une grotte. On dit donc que le chien d’un arabe qui était à la chasse entra à la poursuite d’une bête dans un trou et ne revint pas.Son maître entra après lui et trouva une petite caverne à l’intérieur du roc et beaucoup de livres dedans. Le chasseur alla à Jérusalem et en informa les Juifs. Ils vinrent donc en nombre et y trouvèrent les livres de l’Ancien Testament et d’autres livres en écriture hébraïque. Et comme celui qui me parlait était un connaisseur de l’Ecriture et un docte, je l’interrogeais sur plusieurs passages qui, dans le Nouveau Testament, sont donnés comme tirés de l’Ancien, mais qui ne se trouvent nulle part dans l’Ancien, ni chez nous les Chrétiens, ni chez les Juifs. Il me dit : « ils existent et sont dans les livre retrouvés là »[25].
Le patriarche nous décrit donc une découverte comparable à celle de Qumran mais quelques siècle plus tôt ! Par la suite, ces documents furent exploités par le fondateur du caraïsme, Anan, et il est probable qu’ils furent conservés bien des décennies plus tard par la tradition caraïte. Notons aussi que le caraïsme conserva les œuvres de Philon d’Alexandrie[26]. Cet autre judaïsme quitta, au IXe siècle, les frontières du Moyen Orient pour s’installer durablement en terre byzantine, ce qui inclut également l’aire balkanique, toujours porteur de cette tradition antique, ce qui peut éclairer – entre autre – l’apparition du II Hénoch rédigé en Slave probablement à partir d’une traduction en grec (chrétien ? juif ?) daté d’avant le Xe siècle mais se reportant à un texte hébreu antérieur. Nous ne faisons ici qu’évoquer un thème exceptionnellement complexe et qui mériterait d’être éclairci car les enjeux nous semblent considérables. Nous poursuivons notre étude sur un sujet qui a été délaissé également de bien des chercheurs et qui concerne l’influence des juifs sur le christianisme, débouchant parfois sur des cas d’émergences d’hérésies judaïsantes, véritables signes de la composante syncrétiste du monde de Balkans. Ainsi, si l’histoire des Bogomiles, Pauliciens et autres sectes dualistes sont sources de nombreux travaux, les judaïsants restent les parents pauvres de la recherche. Dans un précédent article, nous avions souligné à la fois le cas d’une hérésie judaïsante qui s’est développée au XIVe siècle en Anatolie ottomane et décrite par les sources rapportant la captivité du saint hésychaste Grégoire Palamas et la similitude avec un cas de judaïsant condamné à Thessalonique en 1336 et qui met en scène un certain Chionios[27]. Contemporains à la condamnation du judaïsant Chionios de Thessalonique, plusieurs événements similaires se retrouvent en Bulgarie[28]. Comme nous l’avons évoqué, l’empereur bulgare Jean Alexandre (1331-1365) incite les juifs à immigrer dans son pays. Notons d’ailleurs qu’il a été a accusé de développer sa politique, jugée favorable aux juifs selon les sources byzantines, sur les conseils de sa nouvelle femme d’origine juive et récemment baptisée peu avant l’union des époux[29]. C’est en particulier le chroniqueur Grégoras qui relate l’attitude du souverain, qui répudie l’impératrice encore vivante, en insistant sur la beauté de cette femme juive qui gagna le cœur de l’empereur[30]. Parallèlement, les juifs sont accusés d’être responsables de l’apparition et du développement d’une hérésie judaïsante qui s’enracine en Bulgarie mais également en Serbie : il reste cependant difficile de connaître la teneur des doctrines proposées par ce mouvement hétérodoxe et la référence au judaïsme peut très bien renvoyer au topos de l’orthodoxie associant judaïsme comme source de nouvelle hérésie[31]. Toutefois, l’historicité de ce mouvement ne peut être contesté : certains responsables des communautés juives de Bulgarie furent exécutés[32] et, en 1360, le concile de Tirnovo entérine la condamnation de chrétiens convertis au judaïsme, ce qui rappelle étrangement l’affaire de Chionios. Enfin, soulignons que la tenue du concile de Tirnovo est contemporain de la captivité de Palamas chez les Turcs : on ne peut que constater la simultanéité du développement des sectes judaïsantes en terre ottomane et en pays balkaniques. Les judaïsants semblent donc poser des problèmes. Un élément supplémentaire venant confirmer notre hypothèse est la rapide traduction en slave de la Dialexis de Taronitès[33] et de la Doctrina Jacobi (XVe siècle)[34]. Sans aller plus loin dans notre étude, il nous semble que les pays balkaniques se fassent l’écho amplifié de problèmes présents également à Byzance. Dans ce tableau, le rôle de Thessalonique – où il existait une forte minorité venue des Balkans suite aux régulières déportations de populations des slaves des Balkans en Anatolie et dans l’arrière pays thessalonicien – en tant que lieu de passage de l’hérésie judaïsante de l’Empire byzantin aux pays des Balkans serait à considérer dans une future étude. Si la filiation est attestée, il nous faudrait alors admettre qu’en pays slaves ou, plus généralement, dans les marches de l’Empire, les contacts entre juifs et chrétiens sont particulièrement poreux car marqués par le sceau de l’échange inter-confessionnel : un siècle plus tard, nous retrouvons le cas des judaïsants russes qui voyagèrent dans les Balkans et qui s’intéressèrent à la fois à la réinterprétation des textes éclairés par l’enseignement du judaïsme ainsi que par la Kabbale et l’astrologie[35]. Concernant l’implantation de l’islam dans les Balkans, les données sont déjà connues : les derviches colonisateurs bektashi y jouèrent un rôle de tout premier plan[36]. Peu à peu, ils constituèrent un réseau étendu dans les campagnes grâce, essentiellement, à un caractère d’adaptation syncrétiste exceptionnel. Déjà, au XIIIe siècle, des tribus turcomanes s’étaient installées en Thrace afin de créer une zone tampon contre la Horde d’Or mongole[37]. Toutefois, leurs croyances musulmanes étaient largement entachées d’éléments chrétiens, mais aussi chamaniques, bouddhiques, voire mazdéennes ou manichéennes. Or, c’est à la fin de ce siècle, qu’apparaît un personnage de première importance, Ezeddîn Kayka’ûs II de Konya qui perdit son sultanat lors de la conquête mongole d’Anatolie. Ayant rassemblé sa cour, ses femmes et ses biens, le sultan prend la route de Byzance où il est accueilli avec bien des honneurs par Michel VIII[38]. Cet accueil ne doit pas nous sembler exceptionnel, de nombreux témoignages insistant sur les relations étroites entre Byzantins et sultans d’Asie mineure[39], mais ce qui choqua particulièrement les chroniqueurs de l’époque furent à la fois la présence auprès d’Ezeddîn de nombreux esclaves chrétiens qui occupaient de hautes fonctions dans son Etat et, plus encore, toute l’ambiguïté d’un homme se réclamant chrétien qui, pour le prouver, mangea même une pleine assiette de viande de porc ! Peu à peu, le sultan déchu se montre un pieu orthodoxe, ce que confirment les sources grecques et turques, et n’hésite pas à demander à l’empereur une « colonie » afin d’installer aussi bien sa tribu que d’autres qui lui sont restées fidèles en Anatolie. L’empereur répondit positivement à la demande d’un personnage qui commençait à lui aliéner une partie de l’Eglise orthodoxe et Ezeddîn s’installa dans la région d’Aenos, en Thrace. Cette implantation restera importante jusqu’à la toponymie des villages qui demeurent turques et sera le berceau des célèbres turcs vardariotes ![40] Cette implantation allait marquer un tournant important. En effet, le XIIIe siècle anatolien allait connaître l’essor de nombreux mouvements mystiques à tendance supraconfessionnelle et, en particulier, deux plus importants se dégagent : celui de Djelâleddîn Rûmî, le père des derviches tourneurs, et celui de Hadji Bektash, fondateur de l’ordre des bektachis[41]. Nul doute que les Turcs installés dans cette région amenèrent avec aux ces différentes doctrines interconfessionnelles. Parallèlement, dans les Balkans, et en particulier en Bulgarie, il demeure un endroit marqué par la présence turque hétérodoxe, qu’elle soit bektachi ou baba’i[42], le Deli Orman, province Nord de ce pays qui empiète sur le Sud de la Roumanie[43]. Zone boisée jusqu’au XXe siècle, elle a cependant la particularité de manquer d’eau, ce qui rend la vie particulièrement difficile mais explique aussi pourquoi elle a servi de refuge à ceux qui fuyaient le pouvoir central byzantin, puis ottoman. Elle connut l’installation de peuplades turques en trois vagues, les deux premières étant antérieur à la conquête ottomane[44]. L’histoire de cette région est connue et notre but n’est pas d’en reprendre ses grandes lignes : cela sortirait du cadre de cet article. Toutefois, nous devons souligner que le caractère géographique de cette province facilita l’implantation constante d’hérésies à différentes époques, comme les bogomiles, puis les bektashi, les hurufis… de même qu’elle soutint la révolte à forte tendance supraconfessionnelle du cheyk Beddredîn de Samavna[45] quelques années après la défaite d’Ankara en 1402, et qui affaiblit considérablement l’empire ottoman. On constate ici que les peuples turcs, mais également les hérésies chrétiennes jugées dérangeantes par le pouvoir byzantin, furent implantées sur un arc allant de la Thrace au Nord de l’actuelle Bulgarie. Ces cultures partagent en commun un fort syncrétisme dont l’étude permet de distinguer la trace de religions aussi diverses que le chamanisme, le bouddhisme, le christianisme nestorien, le zoroastrisme… mais qui ont également su s’adapter aux cultures indigènes, tout en les synthétisant. D’un point de vue géostratégique, elles servirent de zone tampon contre les invasions mongoles et de réservoir de troupes militaires lors des nombreuses guerres de l’époque byzantine ou ottomane. Toutefois, pour appréhender la qualité du syncrétisme de la civilisation balkanique, il apparaît nécessaire de nous placer dans la longue durée et de dégager quelques thèmes communs aux différentes cultures que reçurent ces territoires. Nous en citerons quelques exemples. Ainsi, dans le domaine religieux et de la mystique, des concepts semblent très voisin dans le vocabulaire même, à l’image du thème du « retournement de l’esprit » : il représente le repentir ou la conversion du fidèle, métanoïa dans la théologie orthodoxe, muqqalib dans l’islam turc. Certains symboles communs peuvent être dégagés, comme celui du « sceau spirituel », Sphragis chez les orthodoxes et Khatm pour les musulmans ; le cœur, Kardia et qalb ; lieu de la prière et du souvenir de Dieu, mnimi tou theou et dhikr ! Des personnages historiques et illustres de l’antiquité sont communs à la culture byzantine et ottomane, voire seldjoukide : Platon devient Eflâtûn ; Alexandre, Iskender ; Galien, Djalinus[46]… La riche symbolique des nombres montre une utilisation aussi fréquente de chiffres clés chez les Turcs et les Byzantins : les commentaires d’un André de Crète et d’un Théodore Studite sur « l’admirable douzaine » des patriarches et des apôtres disposés « comme autant de degrés pour une montée vers la sagesse » font écho à Ibn Arabî qui séjourna longtemps en Anatolie – avant d’y faire école – qui évoque, dans son ouvrage La sagesse des Prophètes, les douze verbes prophétiques, symboles des douze stations de la sagesse[47]. Du point de vue musical, on peut également rapprocher la danse giratoire, le sema des derviches tourneurs, avec celle du Chioros où l’on voit le Christ danser en cercle avec se apôtres ![48] Si l’on ajoute au tableau la volonté des Ottomans de se réapproprier les lieux de culte et les saints orthodoxes, qui sont peu à peu islamisés, on comprend mieux que les ponts entre les différentes religions étaient réels dans la zone des Balkans. Nous pouvons même aller plus loin en évoquant le cas d’interdépendance entre les religions. Par exemple, lorsque le Cheik Beddredîn tenta d’organiser une révolte armée contre le pouvoir ottoman, il put s’appuyer sur un réseau très important basé dans les Balkans, qu’il soit composé de chrétiens ou de musulmans. Enfin, d’un point de vue de la vie mystique, remarquons la concomitance entre les renouveaux hésychastes et de la mystique juive dans les Balkans aux XIIIe-XIVe siècles ainsi qu’au XVIIIe siècle ![49] Nous voudrions maintenant insister sur deux points dans notre conclusion. Tout d’abord sur le fait que l’histoire du judaïsme des Balkans doit être renouvelée et considérée dans une étude sur la longue durée afin d’en dégager ses constantes culturelles ainsi que ses apports successifs. Ensuite, il semble nécessaire de considérer les conclusions ainsi tirées en relation avec le milieu aussi bien chrétien que musulman, voire hétérodoxe, qui sont chacun une composante majeure sous tendant à la fois l’image et les racines de la culture de la zone balkanique. Nous aurons ainsi une image plus exacte de que l’on a appelé le syncrétisme dans cette aire géographique tout en déconstruisant nos stéréotypes sur ce sujet : la réalité en est, comme nous avons tenté de le prouver tout au long de cet article, beaucoup plus surprenante et riche. Certes, notre article est par essence, et dans sa forme, forcément incomplet et synthétique. Toutefois, nous espérons qu’il a ouvert une porte afin de laisser découvrir le parfum d’une culture à la fois si lointaine et si proche ; d’une aire culturelle véritable base pour une réflexion contemporaine au moment où la civilisation occidentale vie une crise de son identité et de ses valeurs. À n’en pas douter, on ne peut que méditer sur la symbiose entre les différentes cultures dans les Balkans afin d’enrichir notre capacité à vivre ensemble dans notre Europe multiculturelle.
Bibliographie Ankori, T., Karaites in Byzantium : The Formative Years 970-1100, New York – Jérusalem, 1959. Babinger, F., Mehmed the Conqueror and His Time, Princeton, 1978. Balivet, M, « Byzantinoturcica : quelques remarques sur un creuset culturel », Mélanges byzantins, Seldjoukides et Ottomans, Istanbul, 2005, chapitre 3. Balivet, M., Islam mystique et révolution armée dans les Balkans ottomans : Vie du Cheikh Bedreddîn le « Hallâj des Turcs » (1358/59-1416), Istanbul, 1995. Beit Arie, M., The Makings of the Medieval Hebrew Books, Studies in Palaeography and Codicology, NY, 1993. Bowman, S., The Jews in Byzantium 1204-1453, NY, 2001. Cazacu, M., L’histoire du prince Dracula, Genève, 1996. Ducellier, A., Byzance et le monde orthodoxe, Paris, 1997 et réédition en 2006. Ducellier, A., Chrétiens d’Orient et Islam au Moyen Âge (VIIe- XVe siècle), Paris, 1996. Eissfeldt, O., « À propos des manuscrits de la Mer Morte », in Revue Biblique 57 (1950), p. 417-429. Ettinger, S., « L’état moscovite et son attitude concernant les Juifs », (hébreu), in Zion 18 (1953), p. 138-166. Ettinger, S., « L’influence juive sur l’effervescence religieuse en Europe de l’Est à la fin du XVe siècle. », (hébreu) Y. F., Baer Jubilee Volume, Jérusalem, 1960, p. 228-247. Gardette, P., « Un imaginaire médiéval européen : la géographie culturelle proposée par l’auteur anonyme du Livre des fais du bon Messire Jehan le Maingre dit Bouciquaut, mareshal de France et gouverneur de Jennes (XVe siècle) », in Cahiers de l’Echinox 10 (2006), p. 121-134. Gardette, P., « Jacques de Helly, un chevalier diplomate français au service des Turcs », in Erytheia 24 (2004) p. 111-124 réédité dans Études imagologiques et relations interconfessionnelles en zone Byzantino-ottomane, Istanbul, 2007, p. 59-69. Gardette, P., « Survivance des chrétiens judaïsants en Anatolie : témoignages du 14e s. »,in Arab Historical Review for Ottoman Studies 36 (2007), p. 85-151. Gonis, D. B., Histoire de l’Eglise orthodoxe bulgare et serbe, (grec), Athènes, 1999. Isar, N., « The Dance of Adam: Reconstructing the Byzantine Choros », in Byzantinoslavica 61 (2003), p. 179-204. Jirecek, C., Geschichte der Bulgaren, Prague, 1876. Kechales, H., Histoire des Juifs de Bulgarie, (hébreu) t. 1, Tel Aviv, 1971. Krauss, S., Studien zur byzantinisch-jüdischen Geschichte, Vienne, 1914. Melikoff, I., « La communauté Kizilbah du Deli Orman en Bulgarie », Sur les traces du soufisme turc. Recherches sur l’islam populaire en Anatolie, p. 111-120. Melikoff, I., « Les voies de pénétration de l’hétérodoxie musulmane en Thrace et dans les Balkans », De l’épopée au mythe. Itinéraire turcologique, Istanbul, 1995, p. 227-240. Melikoff, I., « Un ordre de derviches colonisateurs : les Bektachis », Sur les traces du soufisme turc. Recherches sur l’islam populaire en Anatolie, Istanbul, 1992, p. 121-131. Poznansky, S., « Philon dans la littérature Judéo-arabe », in REJ 50 (1905), p. 1-31. Revel, B., Karaite Halakaha and its Relation to Sadducean, Samaritan and Philonian Halakaha, Philadelphie, 1913. Rosanes, S., Histoire des Juifs de Turquie, (hébreu) vol. 1, Tel Aviv, 1930. Starr, J., The Jews in the Byzantine empire, Athènes, Grèce, 1939. Vernadsky, Russia at the Dawn of the Modern Age, New Haven Londres, 1959. Weinberger, L., Jewish Hymnography, A literary History, Londres-Portland, 1998.
Notes
[1] Voir notre « Jacques de Helly, un chevalier diplomate français au service des Turcs », Erytheia 24 (2004) p. 111-124 réédité dans Etudes imagologiques et relations interconfessionnelles en zone Byzantino-ottomane, Istanbul, 2007, p. 59-69. [2] Voir notre « Un imaginaire médiéval européen : la géographie culturelle proposée par l’auteur anonyme du Livre des fais du bon Messire Jehan le Maingre dit Bouciquaut, mareshal de France et gouverneur de Jennes (XVe siècle) », in Cahiers de l’Echinox 10 (2006), p. 121-134. [3] Paris, 1997 et réédition en 2006. [4] Ibid. [5] Le karaïsme (ou caraïsme ou charaïsme) est un courant du judaïsme rejetant la loi orale (le talmud) n'observant que les prescriptions de la loi écrite (la torah) adoptant un principe de libre interprétation du texte sacré sans recourir à l’autorité des écrits rabbanites interprétant la Torah. En adoptant ce principe de libre examen du texte sacré, les caraïtes sont en quelque sorte les « protestants » du judaïsme. [6] Beit Arie M., The Makings of the Medieval Hebrew Books, Studies in Palaeography and Codicology, NY, 1993, p. 19. [7] Les sources du savant ont été répertoriées par Nicolas de Lange [« prier », p. 59 n. 25] : le Targum, les deux Talmud, un bon nombre de Midrashim, les Heikhalot, le Sefer Yetsira, le Seder ‘Olam, les œuvres de Sa’adia et des massorètes, le Sefer Josippon romaniote, les textes de Shabettaï Donnolo, Ibn Ezra… ce qui laisse supposer que les savants romaniotes étaient au fait des différentes traditions intellectuelles du temps. [8] Sur ce texte, cf. Liebes Y., « Jonas en tant que Messiah ben Joseph », (hébreu) Dans J. et Hacker J., Studies in Jewish Mysticism, Philosophy and Ethical Literature Presented to Isaiah Tishby, Jérusalem, 1986, p. 278 [9] Voir Bowman S., The Jews in Byzantium 1204-1453, NY, 2001, p. 282 doc. 86. [10] Voir Weinberger L. Jewish Hymnography, A literary History, Londres-Portland, 1998, p. 307 sqq. [11] Voir De Lange N., Abraham ibn Ezra and Byzantium, in Diaz Esteban F., « Abraham ibn Ezra y su tiempo », Madrid, 1990, p. 190-192. [12] Voir Bowman S., The Jews in Byzantium, index « Moskoni ». [13] Négrepont. [14] Une étude sur l’influence de ce penseur romaniote, véritable lien entre Orient et Occident européen, sur la philosophie juive serait à réaliser et attend de l’être. [15] Apparemment, il n’a pas consulté le commentaire de la ville de Magnésie qui fut copié en 1387 par le scribe Judah ben Namer, cf. Bowman, Jews, p. 291. [16] De manière secrète. [17] Voir J., he Jews in the Byzantine empire, Athens, Greece: 1939, p. 236, doc. 183. [18] Cet auteur a sévi aux alentours de la fin du 12e ou au début du 13e siècle. Judah s’est intéressé aux commentaires touchant à la grammaire chez Ibn Ezra. Sur cet intellectuel, voir Ankori, Karaites in Byzantium : The Formative Years 970-1100, New York – Jerusalem, 1959, p. 199 n. 110. [19] Nous ne savons à laquelle des deux Laodicée l’auteur se réfère. [20] Ce dernier a rédigé des commentaires sur l’astronomie d’Ibn Ezra et fut actif à la fin du 13e siècle. En effet, un manuscrit de la Bodleian montre clairement que le fils de ce savant a poursuivi l’œuvre de son père en réalisant lui-même un commentaire d’Ibn Ezra achevé en 1308. cf. Neubauer, Catalogue of the Hebrew Manuscripts, Oxford, I, 1886, doc. 1467. [21] Gross H. (« Jesaya b. Mali de Trani », ZHB, XIII (1909) p. 58) prétend que ce savant était le petit fils du bien connu Jesaya b. Mali de Trani. De toute manière, le savant lu par Judah ibn Moskoni reprend les arguments de son aïeul. [22] Voir en particulier son « Toward a History of the Cultural Links Between Byzantine and Ashkenazic Jewry », dans Fleischer E., Blidstein G., Horowitz C. et Septimus B. (ed), Me’ah She’arim, section hébraïque, p. 61-70. [23] Voir ma thèse de doctorat, Recherches sur les juifs romaniotes à l’époque des Paléologues (13e-15e s.), non publiée, Toulouse, 2003 et en particulier l’index à « angélologie » et « messianisme ». [24] Voir Weinberger L. Jewish Hymnography, p. 318. Ce sujet mériterait d’être approfondi car il suggère que la kabbale extatique a eu des influences romaniotes. [25] Voir Eissfeldt O., « À propos des manuscrits de la Mer Morte », Revue Biblique 57 (1950), p. 417-429. [26] Voir Revel B., Karaite Halakaha and its Relation to Sadducean, Samaritan and Philonian Halakaha, Philadelphie, 1913, chapitre « The Influence of the Works of Philo upon the Karaite Halkha », p. 359-396 et Poznansky S., « Philon dans la littérature Judéo-arabe », in REJ 50 (1905), p. 1-31. [27] Voir notre « Survivance des chrétiens judaïsants en Anatolie : témoignages du 14e s. », Arab Historical Review for Ottoman Studies 36 (2007), p. 85-151. [28] Concernant les judaïsants en Bulgarie et en particulier l’impératrice Théodora, une juive convertie, cf. Rosanès S., Histoire des Juifs de Turquie, (hébreu) vol. 1, Tel Aviv, 1930, p. 6 ; Jirecek C., Geschichte der Bulgaren, Prague, 1876, p. 312 ; Krauss S., Studien zur byzantinisch-jüdischen Geschichte, Vienne, 1914, p. 68, Kechales H., Histoire des Juifs de Bulgarie, (hébreu) t. 1, Tel Aviv, 1971, p. 78 et sqq La fille de Théodora et de Jean Alexandre se nommait Tamar, plus tard elle fut mariée à Murad Ier, ce qui pourrait expliquer la tradition qui affirme que Mehmed II, le fils de Murad II, avait une mère juive. Voir Babinger F., Mehmed the Conqueror and His Time, Princeton, 1978, p. 11 et sqq qui mentionne une certaine Stella, peut être une juive italienne. Voir également, Krekić B., « The Role of the Jews in Dubrovnik », Viator 4 (1973), p. 266 ; Obolensky D., The Bogomils, Middlesex, 1972, p. 258 et s.q.q. et Kechales, ibid., p. 84 et sqq. Sur les judaïsants russes, voir Vernadsky, Russia at the Dawn of the Modern Age, New Haven Londres, 1959, index : « Heresy of the Judaizers » ; au XVIe siècle, « le pèlerinage du marchand Basile Posniakov aux lieux saints de l’Orient (1558-1561) », Khitrovo S., Itinéraires, p. 290 où l’on apprend qu’ils « n’ont pas de demeure dans le royaume de notre souverain ; il a même défendu le commerce aux Juifs et leur a fermé l’entrée de leur territoire ». En comparaison, la Pologne et la Lituanie étaient des centres de peuplements importants de juifs. Voir également les études de Berry L.E. et Crummey R.O., Rude and Barbarous Kingdom : Russia in the Accounts of Sixteenth Century English Voyagers, Madison, 1968, Halperin C., « Judaizers and the Image of the Jew in Medieval Russia : A Polemic Revisited and a Question Posed », Canadian-American Slavic Studies 9 (1975), p. 141-155 ; Ettinger S., « L’état moscovite et son attitude concernant les Juifs », (hébreu), in Zion 18 (1953), p. 138-166 et idem, « L’influence juive sur l’effervescence religieuse en Europe de l’Est à la fin du XVe siècle », (hébreu) Y. F., Baer Jubilee Volume, Jérusalem, 1960, pp. 228-247. Il semble que cette hérésie soit arrivée en Russie par la Hongrie, puis la Pologne et la Lituanie. Il serait intéressant d’étudier la participation des caraïtes, très présents dans ces pays, dans sa diffusion. [29] Voir Rosanès S., Histoire, p. 6 ; Jirecek C., Geschichte des Bulgaren, Prague, 1876, p. 312 et Krauss S., Studien, p. 68. [30] Voir Grégoras N., ΡΩΜΑΙΚΗΣ, II, p. 558. [31]Voir Gonis D. B., Histoire de l’Eglise orthodoxe bulgare et serbe, en grec, Athènes, 1999, passim. [32] Voir sur cette question Krekić B., « The Role of the Jews in Dubrovnik », in Viator 4 (1973), p. 266 s.q.q. ; Obolensky, The Bogomils, p. 258-265. [33] Cf. Philippidis-Braat A., « La captivité de Palamas chez les Turcs : dossier et commentaire », Travaux et Mémoires 7 (1979), p. 110-113. [34] Ibid., p. 54-55. [35] Voir Cazacu M., L’histoire du prince Dracula, Genève, 1996, p. 74-75. [36] Voir Melikoff I., « Les voies de pénétration de l’hétérodoxie musulmane en Thrace et dans les Balkans », De l’épopée au mythe. Itinéraire turcologique, Istanbul, 1995, p. 227-240. [37] Ibid. p 233. [38] Voir Ducellier A., Chrétiens d’Orient et Islam au Moyen Age (VIIe- XVe siècle), Paris, 1996, p. 284-288. [39] Voir Balivet M, « Byzantinoturcica : quelques remarques sur un creuset culturel », Mélanges byzantins, Seldjoukides et Ottomans, Istanbul, 2005, chapitre 3. [40] Voir Ducellier, loc. cit. [41] Sur l’importance de ce dernier dans la culture balkanique, cf. le résumé de Melikoff I., « Un ordre de derviches colonisateurs : les Bektachis », Sur les traces du soufisme turc. Recherches sur l’islam populaire en Anatolie, Istanbul, 1992, p. 121-131. [42] Sur l’implantation des babas anatoliens dans cette partie du monde au 13e siècle, Voir Melikoff I., « Les voies de pénétration », op. cit. [43] Voir Melikoff I., « La communauté Kizilbah du Deli Orman en Bulgarie », Sur les traces du soufisme turc. Recherches sur l’islam populaire en Anatolie, p. 111-120. [44] Idem [45] Sur ce personnage hors du commun, Voir la très belle étude de Michel Balivet : Islam mystique et révolution armée dans les Balkans ottomans : Vie du Cheikh Bedreddîn le « Hallâj des Turcs » (1358/59-1416), Istanbul, 1995, passim et Ducellier, Chrétiens, p. 374-377, 379-383, 403-405. [46] Voir un résumé de ces questions dans Balivet M., Mélanges, chapitre 1 « Permanences régionales en hérésiologie anatolienne de l'Antiquité aux Ottomans ? » qui apporte une bibliographie nécessaire. [47] Idem [48] Voir Isar N., « The Dance of Adam: Reconstructing the Byzantine Choros », in Byzantinoslavica 61 (2003), p. 179-204. [49] À notre connaissance, aucune attention n’a été portée sur cette concomitance qui ne peut être le fruit du hasard.
|